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Le PPPD (Étourdissements Posturaux-Perceptifs Persistants)

2 juillet 2025 par
Taureau Loïc

Introduction

Le PPPD est un trouble chronique de l’équilibre décrit officiellement depuis 2017. Il se traduit par des étourdissements non rotatoires et une instabilité persistants (sensation de flottement, de déséquilibre) la plupart des jours pendant plus de 3 mois. Les symptômes sont aggravés par la station debout, la marche, les mouvements de tête et les environnements visuellement chargés (grands magasins, foule, motifs mobiles). Ils diminuent habituellement en position assise dans un environnement calme. Le PPPD apparaît souvent après un épisode déclencheur ayant perturbé le système vestibulaire (oreille interne) – par exemple une infection de l’oreille, une névrite vestibulaire, une crise de migraine vestibulaire ou un traumatisme crânien. Même lorsque l’affection initiale est guérie, le cerveau continue de mal compenser ce déséquilibre, expliquant la persistance des symptômes.

Pourquoi les symptômes persistent-ils ?

Après le « choc » initial, le système nerveux se met souvent en sur-contrôle (hypervigilance) pour compenser la perte d’équilibre. Le patient focalise alors trop sur les informations visuelles et proprioceptives (cou, dos, pieds) et verrouille sa posture. Par exemple, la personne peut cambrer le dos, raidir le cou ou marcher en petits pas. Ces stratégies, bien qu’initiées pour éviter les chutes, créent en fait un conflit sensitif permanent qui entretient le vertige. De plus, on remarque des comportements d’évitement : instinctivement on évite les lieux ou mouvements instables (foule, voitures, escalators) pour soulager temporairement les vertiges. Or, fuyant ainsi les situations déclenchantes, le cerveau ne réapprend pas à s’y adapter. À terme, cette hypervigilance et cet évitement non fonctionnels aggravent la sensibilité du système postural et maintiennent la symptomatologie.

Désorganisation neuro-sensorielle

Le PPPD est avant tout un trouble de l’intégration sensorielle. Normalement, l’équilibre est assuré par une harmonie entre les signaux de l’oreille interne (système vestibulaire), de la vue et de la proprioception (sensations du corps et du cou). Dans le PPPD, cette coordination est déréglée. Concrètement, en station debout ou en mouvement, ce que voient les yeux (objets qui bougent dans le champ de vision) ne correspond plus au ressenti corporel (impression de ne pas bouger). Ce conflit visuel déclenche ou accentue les vertiges. Par exemple, marcher dans un supermarché ou dans une foule (beaucoup d’éléments visuels en mouvement) provoque un gros inconfort. Ainsi, le PPPD a été décrit comme le résultat d’une « mauvaise réadaptation » du cerveau aux informations spatiales.

Rééducation vestibulaire : rôle du kinésithérapeute

Heureusement, la rééducation vestibulaire offre une voie de soulagement et de réadaptation. Un kinésithérapeute spécialisé évalue d’abord la dépendance visuelle et l’équilibre du patient dans différentes positions. Puis il propose des exercices progressifs pour « réentrainer » le système d’équilibre. Deux axes principaux guident la prise en charge :

  • L’habituation : il s’agit d’exposer progressivement le patient aux mouvements, environnements ou situations qui déclenchent son inconfort. Répétés de façon contrôlée, ces stimuli finissent par devenir tolérables. Le cerveau apprend à ne plus réagir de façon inappropriée aux entrées sensorielles perçues comme menaçantes. Ce travail est fondamental pour briser le conditionnement anxiogène autour du mouvement.
  • La repondération neurosensorielle : l’objectif est de rééquilibrer l’utilisation des différentes sources d’information sensorielle (vision, proprioception, système vestibulaire). Chez de nombreux patients, on observe une dépendance excessive à la vision ou à la somesthésie (appuis plantaires, cou, dos), avec une méfiance vis-à-vis des signaux vestibulaires. Par un travail progressif dans des environnements contrôlés, le kinésithérapeute aide le cerveau à réapprendre à intégrer de façon plus équilibrée ces différentes informations.


Ces exercices, réalisés en séance et à la maison, rééquilibrent progressivement les entrées sensorielles. En parallèle, on adopte une démarche d’affrontement progressif des situations évitées : on expose peu à peu le patient à la foule ou aux mouvements redoutés, de façon contrôlée. Cela permet de diminuer l’hypervigilance et de rompre le cercle vicieux de l’évitement.

Conclusion : prise en charge et espoir

Le PPPD peut sembler chronique et anxiogène, mais plusieurs soins ciblés permettent une nette amélioration. La prise en charge est multidisciplinaire : ORL/neurologue, kinésithérapeute vestibulaire et parfois psychologue coopèrent pour traiter l’affection dans sa globalité. La rééducation vestibulaire est le pilier de ce traitement, en aidant le cerveau à réorganiser sainement les informations sensorielles. Avec de la patience et des exercices réguliers, la plupart des patients constatent une diminution progressive des vertiges et une reprise d’activité quotidienne. Le chemin vers le soulagement est possible : il existe de nombreuses ressources et suivis efficaces pour accompagner chaque étape de la réadaptation.

Sources

- Bárány Society – Staab et al., 2017, critères diagnostiques du PPPD

- StatPearls – Knight & al., 2023

- SFKV – Brochure patient PPPD (Olivier & Trouillet, 2020)

- OdyO – Dossier Joe Saliba

- Philippe Fouillen – Prise en charge du PPPD en rééducation vestibulaire


— Loïc Taureau, kinésithérapeute vestibulaire, spécialiste des vertiges et troubles de l’équilibre – Saint-Prest (Chartres agglo)
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