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Vertiges et cervicales : mythe ou réalité ?

5 décembre 2025 par
Taureau Loïc



Comprendre le « vertige cervical »


Beaucoup de patients souffrant à la fois de vertiges et de douleurs au cou s’interrogent : leurs vertèbres cervicales peuvent-elles être la cause de leurs troubles de l’équilibre ? Cette notion de « vertige d’origine cervicale » (ou syndrome cervico-vestibulaire) est débattue depuis des décennies. Plusieurs hypothèses physiopathologiques ont été proposées dans la littérature scientifique, mais les preuves restent limitées. Avant d’expliquer ces hypothèses, notons que les spécialistes considèrent généralement le vertige cervical comme un diagnostic d’exclusion, c’est-à-dire à évoquer seulement après avoir écarté les causes vestibulaires ou neurologiques classiques . En d’autres termes, la contribution des cervicales aux vertiges est plausible, mais doit être considérée avec prudence et méthode.


Hypothèses expliquant un lien entre cervicales et vertiges


Plusieurs mécanismes ont été avancés pour expliquer comment un dysfonctionnement du cou pourrait engendrer des étourdissements ou des vertiges :

  • Conflit proprioceptif cervico-vestibulaire : Le cou renferme de nombreux récepteurs proprioceptifs (au niveau des muscles profonds et des capsules articulaires vertébrales) qui informent le cerveau de la position et des mouvements de la tête . En temps normal, ces informations s’intègrent harmonieusement avec les signaux de l’oreille interne (système vestibulaire) et de la vision pour maintenir l’équilibre. Si les capteurs du cou sont perturbés (par un traumatisme, de l’arthrose, une contracture musculaire, etc.), ils pourraient envoyer des signaux erronés aux noyaux vestibulaires dans le tronc cérébral . Il en résulterait un conflit sensoriel entre ce que perçoivent le vestibule, la vision et la proprioception cervicale. Cette théorie du « désalignement sensoriel »suggère que le cerveau, recevant des messages contradictoires, induirait une sensation de déséquilibre ou de vertige léger. Des expériences renforcent cette hypothèse : par exemple, stimuler électriquement les muscles du cou ou anesthésier certaines racines nerveuses cervicales peut provoquer un nystagmus et une sensation de bascule . Néanmoins, ce modèle proprioceptif n’explique pas de véritables crises rotatoires intenses, mais plutôt des étourdissements ou une instabilité posturale modérée .
  • Troubles posturaux et contrôle de l’équilibre : Un dysfonctionnement cervical peut s’accompagner d’une altération du contrôle postural. Des études ont montré que les personnes souffrant de douleurs cervicales chroniques présentent une augmentation du balancement corporel (instabilité en station debout), probablement à cause d’une moins bonne perception de la position de la tête et du cou . Après un coup du lapin (whiplash), jusqu’à 20 à 90 % des patients rapportent des vertiges ou des troubles de l’équilibre . Ces patients présentent fréquemment des erreurs plus importantes dans la perception de la position de leur tête, signe d’une atteinte des mécanorécepteurs cervicaux . De plus, la limitation douloureuse des mouvements du cou peut aggraver le déséquilibre : le patient a tendance à bouger la tête le moins possible, ce qui peut entraver les réflexes d’équilibre normaux et même favoriser la récidive de certains vertiges positionnels . En somme, les cervicalgies et la raideur du cou peuvent être à la fois une conséquence et un facteur aggravant des troubles de l’équilibre.
  • Hypothèses vasculaires (artères vertébrales) : Les artères vertébrales cheminent à travers les vertèbres cervicales et irriguent une partie de l’oreille interne et du tronc cérébral. Deux mécanismes vasculaires peuvent lier le cou aux vertiges. D’une part, la compression mécanique transitoire d’une artère vertébrale lors de certains mouvements du cou (extension, rotation extrême) peut causer une insuffisance vertébro-basilaire temporaire, appelée syndrome de l’artère vertébrale par rotation (ou Bow Hunter syndrome en anglais). Ce phénomène rare se traduit par des vertiges reproductibles à la rotation du cou, disparaissant en position neutre . Il est souvent dû à un ostéophyteou à une anomalie vasculaire qui pince l’artère lors du mouvement . D’autre part, une dissection de l’artère vertébrale (déchirure de la paroi de l’artère) peut provoquer des vertiges sévères d’installation brutale, parfois isolés au début. La dissection est une cause sérieuse, pouvant entraîner un accident vasculaire cérébral (AVC) du tronc cérébral ou du cervelet. Elle est souvent associée à une douleur cervicale intense et soudaine et peut survenir après un mouvement cervical brutal (traumatisme, manipulation) ou spontanément chez un sujet prédisposé. Il faut noter que l’hypothèse d’un vertige causé par l’arthrose cervicale seule (via compression partielle des artères) reste controversée : d’après certains experts ORL, un simple ostéophyte cervical ne peut pas obstruer suffisamment une artère au point de déclencher un vrai vertige rotatoire sans autres facteurs concomitants, et ne provoquerait au mieux qu’une sensation d’instabilité modérée . Les cas de vertiges d’origine purement vasculaire cervicale existent (insuffisance circulatoire positionnelle), mais ils seraient très rares .
  • Implication du système nerveux autonome (syndrome de Barré-Liéou) : Historiquement, on a décrit un « syndrome cervical post-traumatique** » appelé syndrome de Barré-Liéou (ou syndrome cervico-sympathique postérieur). Il a été évoqué chez certains patients après un traumatisme cervical (ex : coup du lapin), associant des symptômes variés : dizziness (sensation vertigineuse vague), sensations de tête « légère », plénitude des oreillestroubles visuels (vision floue), grande fatigue, ainsi que des symptômes atypiques comme des douleurs thoraciques, palpitations, essoufflement, anxiété ou insomnie . La théorie était qu’une hyperactivation du sympathique cervical perturberait la circulation vertébrale ou certaines structures nerveuses, entraînant ces symptômes diffus . Cependant, cette entité est aujourd’hui très controversée . Aucune preuve solide n’atteste une telle « névrose sympathique cervicale » et, de l’avis général, la rééducation vestibulaire n’a pas de rôle dans ce tableau . Le traitement proposé repose plutôt sur des médicaments agissant sur le système nerveux autonome (par exemple certains antidépresseurs à effet alpha-bloquant) . En pratique, ce diagnostic est peu retenu, sauf à titre descriptif pour des patients post-whiplash présentant des symptômes persistants inexpliqués.


Des preuves limitées et une controverse persistante

Malgré ces hypothèses, il faut souligner que le vertige d’origine cervicale reste un concept controversé. A ce jour, aucun critère diagnostique spécifique n’a fait consensus au sein de la communauté médicale . Les symptômes attribués aux cervicales (instabilité, étourdissements, sensation de tête légère) sont peu spécifiques et se recoupent avec ceux de nombreux autres troubles. Il n’existe pas de test clinique ou paraclinique formel pour “prouver” qu’un vertige provient du cou et non de l’oreille interne ou du cerveau . De plus, de nombreuses études sur le sujet souffrent de méthodologie faible (échantillons limités, absence de groupe contrôle, biais d’évaluation) et les résultats sont souvent non reproductibles. Certains experts vont jusqu’à remettre en question l’existence même d’un véritable vertige cervical, suggérant que la plupart des cas seraient en réalité dus à d’autres causes concomitantes (par exemple, une migraine vestibulaire, voir plus loin) ou à l’anxiété. Ainsi, le diagnostic de vertige cervical ne peut être posé qu’après avoir éliminé les autres étiologies connues . C’est un diagnostic par exclusion, qui nécessite l’avis d’un spécialiste (ORL, neurologue) et la réalisation d’un bilan complet si les symptômes sont invalidants. En résumé, la littérature actuelle ne tranche pas définitivement la question : il existe des indices en faveur d’un syndrome cervico-vestibulaire réel, mais les preuves demeurent fragiles et sujettes à caution .


Par ailleurs, il est important de noter que la simple association de douleurs cervicales et de vertiges chez un patient ne signifie pas automatiquement que les cervicales sont en cause. Ces deux problèmes peuvent coexister par hasard (les cervicalgies communes sont très fréquentes dans la population, tout comme les vertiges d’origine ORL ou autre). Ils peuvent aussi s’entretenir l’un l’autre sans relation de cause à effet directe : par exemple, un patient ayant des vertiges aura tendance à raidir son cou (par appréhension de bouger la tête), ce qui peut engendrer des douleurs cervicales ; inversement, une personne souffrant de cervicalgie chronique peut avoir une posture antalgique et une diminution des mouvements de tête, ce qui perturbe son équilibre. De plus, certaines pathologies provoquent à la fois des vertiges et des douleurs cervicales : c’est le cas de la migraine vestibulaire (migraine associée à des vertiges), ou d’un AVC vertébro-basilaire (qui peut causer vertige et raideur douloureuse de la nuque). En fait, une étude rapporte que chez des patients consultant pour vertiges, 37 à 57 % d’entre eux présentent aussi des douleurs cervicales – souvent liées à la cause initiale du vertige ou à la posture adoptée pour l’éviter . Ainsi, prudence : il serait réducteur d’attribuer d’office vos vertiges à vos cervicales sans un bilan médical approprié.


Autres causes de vertige : savoir les reconnaître

Avant de retenir un diagnostic de vertige cervical, il est fondamental d’envisager et d’éliminer les causes de vertige les plus courantes. Certaines présentations cliniques orientent franchement vers d’autres étiologies que le rachis cervical. Voici quelques causes fréquentes de vertiges et les signes qui les distinguent :

  • Vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB) : Il s’agit de la forme la plus courante de vertige d’origine périphérique (oreille interne). Le VPPB provoque des crises brèves de vertige rotatoire intense, durant généralement moins d’une minute, déclenchées typiquement par les changements de position de la tête (se lever, se tourner dans le lit, regarder en l’air, etc.) . Entre les crises, le patient se sent bien ou légèrement étourdi, et les épisodes ont tendance à se répéter sur quelques jours ou semaines. Il n’y a pas de maux de tête ni de symptômes auditifs permanents (parfois de légères nausées). Un test diagnostique caractéristique est la manœuvre de Dix-Hallpike effectuée par un médecin, qui déclenche le vertige avec un nystagmus oculaire typique. Si vos vertiges surviennent uniquement lors de mouvements précis et durent quelques secondes, un VPPB est bien plus probable qu’un « vertige cervical ». La bonne nouvelle est que ce vertige se traite efficacement par des manœuvres de rééducation canalaires (manœuvre d’Epley, etc.).
  • Névrite vestibulaire (ou neurite vestibulaire) : C’est une inflammation aiguë (souvent virale) du nerf vestibulaire d’un côté. Elle provoque une grande crise vertigineuse soudaine, intense et prolongée, durant souvent plusieurs heures ou jours . Le vertige est rotatoire (sensation de pièce qui tourne), s’accompagne d’une instabilité marquée (impossibilité de marcher sans aide), de nausées et vomissements importants, mais sans trouble de l’audition ni autre symptôme neurologique. C’est une cause fréquente de vertige « aigu » chez l’adulte jeune ou d’âge moyen. Le lien avec les cervicales est indirect : une raideur de nuque peut survenir par contracture musculaire réflexe, mais ce n’est pas la nuque qui cause le vertige. La récupération se fait en quelques semaines grâce à la compensation vestibulaire (exercices d’équilibre recommandés) et il n’y a pas de traitement curatif direct hormis la prise en charge des symptômes au début.
  • Migraine vestibulaire : Il s’agit d’une forme de migraine où les vertiges occupent une place centrale. Les patients ont souvent des antécédents de migraine classique. Les crises de vertige durent de quelques minutes à quelques heures, s’associent parfois à des maux de tête (mais pas toujours synchrones), ou à des signes migraineux comme la photophobie (gêne à la lumière), la phonophobie (gêne au bruit) ou des aura visuelles. C’est un diagnostic désormais bien reconnu (critères définis par la société Bárány). La migraine vestibulaire peut expliquer l’association de vertiges et de cervicalgies : la crise migraineuse peut induire une contracture et une douleur de la nuque, ou à l’inverse un cou douloureux et raide peut faciliter une crise chez une personne migraineuse. Si vos vertiges surviennent dans un contexte de migraine connue, ou s’accompagnent de symptômes migraineux, cette cause doit être discutée en priorité. Il faut savoir que chez les patients souffrant de vertiges avec douleurs cervicales, la migraine vestibulaire est souvent considérée comme la cause la plus probable, bien avant le vertige cervical pur . Un avis spécialisé est nécessaire pour confirmer ce diagnostic et proposer un traitement (médicaments de fond de la migraine, rééducation, etc.).
  • Accident vasculaire cérébral (AVC) du tronc cérébral ou du cervelet : Un infarctus (AVC ischémique) dans la circulation postérieure (artères vertébrales ou basilaire) peut se manifester initialement par un vertige intense. Contrairement aux vertiges bénins, celui-ci s’accompagne presque toujours d’autres signes neurologiques : troubles de la vision (vision double, champs visuels perturbés), incoordination des mouvements (ataxie des membres, chute non latéralisée), difficulté à parler ou à avaler, engourdissement ou faiblesse d’un côté du corps, etc. . La personne peut présenter une instabilité majeure (impossible de tenir debout), parfois une céphalée occipitale, et les symptômes ne cèdent pas avec la fermeture des yeux ou le repos prolongé. Un AVC vertébro-basilaire est une urgence médicale absolue : en présence de vertige prolongé avec signes neurologiques associés, il faut appeler le SAMU (15) sans attendre. Par extension, une dissection de l’artère vertébrale peut être à l’origine de ce type d’AVC ; elle est souvent suggérée par la survenue d’un mal de cou brutal (douleur à la nuque) suivi de vertige et de symptômes neurologiques. Heureusement, la grande majorité des vertiges ne sont pas des AVC, mais il est crucial de connaître les signes d’alarme (voir plus loin).
  • Autres causes à évoquer : citons pour mémoire d’autres diagnostics différentiels. La maladie de Ménière provoque des vertiges rotatoires de 20 minutes à quelques heures, avec bourdonnements d’oreille ou acouphènes et baisse de l’audition du côté atteint – le contexte audiologique la distingue nettement d’un vertige cervical. Un schwannome vestibulaire (neurinome de l’acoustique, tumeur bénigne du nerf de l’équilibre) peut engendrer des déséquilibres chroniques avec une surdité progressive. Certaines épilepsies partielles ou scléroses en plaquespeuvent débuter par des vertiges inhabituels. Enfin, des troubles de l’équilibre sans vertige rotatoire franc sont fréquents chez la personne âgée (syndrome poly-sensoriel) ou le patient parkinsonien. Ces exemples montrent qu’un vertige est un symptôme à analyser globalement, en tenant compte de tous les éléments cliniques, et pas uniquement de la colonne cervicale.


Vertige ou cause grave ? Les signes d’alerte

Il est rassurant de savoir que la plupart des vertiges sont bénins. Cependant, il existe des signes d’alerte qui doivent faire craindre une cause plus grave et amener à consulter en urgence. Ces « drapeaux rouges » incluent  :

  • Céphalée occipitale brutale et violente : l’apparition soudaine d’un mal de tête intense à la nuque, parfois en « coup de tonnerre », pendant ou avant un épisode vertigineux, évoque un problème vasculaire (hémorragie méningée, dissection, AVC du cervelet…).
  • Déficit neurologique associé : toute anomalie neurologique concomitante au vertige oriente vers le système nerveux central. Par exemple, une diplopie (vision double), des troubles de la parole, une faiblesse ou un engourdissement d’un membre, une difficulté à marcher (ataxie sévère) ou une perte de connaissance brève sont des signes inquiétants . De même, un nystagmus atypique (mouvement incontrôlé des yeux vertical ou non fatiguable) observé par le médecin est un critère de gravité.
  • Douleur cervicale inhabituelle : une cervicalgie récente, intense et inexpliquée survenant avec un vertige doit faire envisager une dissection artérielle. Surtout si la douleur est unilatérale, qu’elle irradie vers la tête ou l’œil, et qu’il y a des facteurs de risque (manipulation cervicale récente, accident, maladie du tissu conjonctif…).
  • Antécédents vasculaires ou facteurs de risque majeurs : par exemple, si la personne a des antécédents d’AVC, de maladie cardiaque, ou présente une hypertension artérielle sévère, diabète, cholestérol élevé, tabagisme important, le vertige mérite une attention particulière pour écarter un événement vasculaire. De même, un contexte de traumatisme crânien ou cervical juste avant l’apparition des vertiges est un signal d’alarme (risque d’hématome intracrânien, de fracture ou dissection) .
  • Symptômes auditifs aigus : une surdité brusque ou des acouphènes violents d’un seul côté accompagnant un vertige font suspecter une cause otologique sévère (comme un infarctus de l’oreille interne – syndrome de Wallenberg si associé à un AVC latéralisé). Cela justifie un bilan urgent en ORL et en imagerie.


En présence de l’un ou plusieurs de ces signes, n’attendez pas : il faut appeler le 15 (ou le 112) ou consulter aux urgences sans délai. Il vaut mieux une fausse alerte que de manquer un diagnostic engageant le pronostic vital. En revanche, si vous ne présentez aucun de ces signes de gravité – par exemple, si vos vertiges sont brefs, positionnels, reproduits par certains mouvements, sans autre symptôme que de légères nausées – il est peu probable qu’ils traduisent une atteinte neurologique centrale. Vous pourrez consulter votre médecin traitant ou un spécialiste de façon programmée.


Que faire en pratique ? Conseils aux patients

Face à des vertiges inexpliqués associés à des douleurs cervicales, voici quelques recommandations concrètes pour votre parcours de soins :

  1. Consultez d’abord un médecin ORL (oto-rhino-laryngologiste) ou votre médecin généraliste. Un bilan clinique initial est indispensable pour déterminer la nature de vos vertiges. Le médecin réalisera un interrogatoire minutieux (mode de survenue, durée des crises, facteurs déclenchants, signes associés) et un examen clinique (examen des yeux, des oreilles, tests d’équilibre, etc.) . Des tests simples comme la manœuvre de Dix-Hallpike, le test de Romberg ou l’examen otoneurologique orienteront déjà vers une cause périphérique ou centrale. Ne mentionnez pas d’emblée à votre médecin que “cela vient des cervicales” : laissez-le mener son examen sans a priori. En effet, partir trop vite sur l’idée d’un vertige cervical pourrait faire négliger une autre cause bien réelle et traitable. Votre médecin pourra également vérifier que vos vertiges ne cachent pas une affection plus générale (par exemple un trouble du rythme cardiaque, une hypotension orthostatique, etc., qui peuvent donner des étourdissements).
  2. Suivez les examens prescrits, le cas échéant. En fonction de la suspicion clinique, le médecin pourra demander des explorations complémentaires. Par exemple : une audiométrie et des tests vestibulaires (caloriques, vidéonystagmographie) si une atteinte de l’oreille interne est envisagée ; une IRM cérébrale si un AVC ou une sclérose en plaques est à écarter ; un angio-IRM ou un angioscanner des vaisseaux du cou si une dissection ou compression vasculaire est suspectée ; un bilan sanguin si nécessaire. Ces examens visent à confirmer ou infirmer les diagnostics les plus sérieux avant d’attribuer vos symptômes aux cervicales. Là encore, le vertige cervical étant un diagnostic d’exclusion, il ne doit être retenu qu’après un bilan négatif pour le reste . Il est important d’être patient et de bien réaliser les investigations proposées, pour votre sécurité.
  3. En l’absence de cause évidente, envisagez un avis spécialisé en rééducation vestibulaire. Si les examens ORL et neurologiques reviennent normaux ou peu concluants, et que vos symptômes persistent, il peut être utile de consulter un professionnel de santé formé aux troubles de l’équilibre, par exemple un kinésithérapeute vestibulaire (spécialisé dans la rééducation des vertiges) ou un médecin de médecine physique et réadaptation. Ces spécialistes pourront réaliser un bilan postural et proprioceptif poussé, incluant parfois des tests spécifiques pour objectiver une composante cervicale (tests de coordination tête-corps, mesure de la proprioception du cou, etc.). Ils vérifieront aussi s’il existe des signes discrets de dysfonction vestibulaire passée inaperçue. L’objectif est d’orienter la prise en charge de manière personnalisée.
  4. En cas de suspicion de vertige cervical (diagnostic posé par exclusion), une prise en charge kinésithérapique adaptée vous sera proposée. D’après les recommandations, le traitement d’un vertige associé à un dysfonctionnement cervical repose sur deux volets : la rééducation vestibulaire classique si nécessaire, et surtout la rééducation du rachis cervical . Concrètement, un kinésithérapeute pourra travailler avec vous sur la mobilité de votre cou (assouplissements, étirements, thérapie manuelle douce des cervicales), sur le renforcement musculaire cervical (muscles profonds stabilisateurs), ainsi que sur la proprioception de votre cou (exercices de repositionnement de la tête, travail avec des lasers ou des plates-formes d’équilibre). Parallèlement, des exercices vestibulaires peuvent être réalisés si votre bilan a montré des signes d’hypofonction vestibulaire ou un trouble de l’équilibre (marche en ligne, mouvements de tête synchronisés au regard, etc.). L’idée n’est pas de vous “recréer un vertige artificiellement” mais d’aider votre cerveau à mieux intégrer les informations du cou, de l’oreille interne et des yeux. Les études suggèrent que ce type de rééducation combinée peut réduire significativement la sensation de vertige et améliorer l’équilibre des patients ayant un syndrome cervico-vestibulaire . Il est important de suivre scrupuleusement les séances et de faire les exercices à domicile si demandés, car la récupération peut prendre plusieurs semaines.
  5. Restez à l’écoute de votre corps et donnez-vous le temps. Les vertiges, quelle qu’en soit la cause, peuvent être angoissants et invalidants au quotidien. N’hésitez pas à poser des questions à vos soignants, à demander des explications sur les résultats d’examens ou sur les exercices de rééducation. Si le diagnostic reste incertain, vous avez le droit de solliciter un deuxième avis auprès d’un ORL ou d’un neurologue spécialisé dans l’équilibre. Par ailleurs, essayez dans la mesure du possible de continuer vos activités quotidiennes prudemment, sans vous focaliser en permanence sur vos symptômes (le stress et l’anxiété amplifient souvent les vertiges). Adoptez une hygiène de vie saine : sommeil suffisant, hydratation, éviter l’alcool excessif et la nicotine, gestion du stress par des méthodes de relaxation, etc. Ces mesures générales favorisent la récupération de votre système nerveux et vestibulaire . Enfin, gardez espoir : même si la notion de vertige cervical est encore floue scientifiquement, la rééducation et le temps améliorent la grande majorité des patients ayant des vertiges persistants, qu’ils soient d’origine cervicale ou autre.


En résumé, « vertiges et cervicales » est un sujet à la fois fascinant et complexe. Il y a sans doute une part de réalité dans le fait que le cou puisse influencer notre équilibre, via les capteurs proprioceptifs et les interactions sensorielles. Toutefois, le phénomène est souvent exagéré ou mal compris, d’où l’étiquette de « mythe » qu’on lui accole parfois. La prudence s’impose donc : ne pas tout attribuer aux cervicales de prime abord, mais ne pas non plus négliger le cou dans la prise en charge globale d’un patient vertigineux. Grâce à un bilan médical rigoureux, à l’identification des signes d’alarme, puis à une rééducation adéquate si besoin, il est possible de trouver l’origine de vos vertiges et d’y remédier le plus efficacement possible – que le cou y soit pour quelque chose ou non. L’objectif final est votre amélioration fonctionnelle et votre sérénité face à ces troubles de l’équilibre. Bon courage, et n’hésitez pas à consulter les spécialistes idoines pour retrouver une vie sans vertige !


Sources :

  • Recommandation de la Société Française d’ORL – Place de la rééducation dans la prise en charge des vertiges d’origine vestibulaire (2023) .
  • Singh et al. “Insuffisance vertébrobasilaire”JAMC (2023) .
  • Versino et al. “Dizziness and neck pain: a perspective on cervicogenic dizziness”Frontiers in Neurology (2025) .
  • Chays A. – AlloDocteurs : “Les vertiges peuvent-ils venir d’ostéophytes cervicaux ?” (2016) .
  • Levesque et coll. – RecoMédicales : “Vertige positionnel paroxystique bénin” (2021) .
  • Le Figaro Santé : “Vertiges : quelles sont les causes et quand faut-il s’inquiéter ?” .


Le réflexe vestibulo-oculaire (RVO) : stabilisateur du regard et de l’équilibre